Le premier hamburger fait Ă partir de cellules souches bovines est encore dans les Ă©prouvettes d’un laboratoire nĂ©erlandais. Mais il devrait ĂȘtre prĂȘt cet automne. Une avancĂ©e qui pourrait bouleverser l’Ă©levage, l’alimentation mondiale… et bĂ©nĂ©ficier Ă l’environnement.
A dĂ©faut de contenter les vĂ©gĂ©tariens, le hamburger que concocte le Dr Mark Post, mĂ©decin de formation et patron du dĂ©partement de physiologie de l’UniversitĂ© de Maastricht, pourrait satisfaire les dĂ©fenseurs des animaux. Reste Ă savoir s’il sera apprĂ©ciĂ© des carnassiers amateurs de grillade fraĂźche… Contrairement Ă toutes les tentatives de steaks sans viande (par exemple Ă base de soja), ce fameux hamburger, qui mijote encore dans les Ă©prouvettes d’un laboratoire nĂ©erlandais, serait bien constituĂ© de protĂ©ines animales. Et plus prĂ©cisĂ©ment de boeuf. Mais - et c’est lĂ toute la nouveautĂ© - sans qu’il soit nĂ©cessaire pour autant de faire souffrir et de tuer le moindre animal. Le secret ? Il s’agirait tout simplement d’un steak Ă base de cellules souches
Science-fiction, genre Soleil vert accommodĂ© Ă la sauce barbecue ? Pas du tout : l’intĂ©ressĂ©, qui travaille depuis six ans sur le projet, affirme mĂȘme qu’il sera capable de griller son premier steak de boeuf garanti sans souffrances animales Ă partir du mois d’octobre. C’est en tout cas ce qu’il a assurĂ© Ă la presse en marge de la confĂ©rence annuelle de la SociĂ©tĂ© amĂ©ricaine pour l’avancement de la science rĂ©unie ce week-end Ă Vancouver. Le seul “hic”, pour l’instant, c’est le prix : 250.000 euros pour produire le premier hamburger ”expĂ©rimental”. Le deuxiĂšme, aprĂšs cela, devrait ĂȘtre plus abordable : 200.000 euros Ă peine… A ce prix-lĂ , reconnaissons-le, pour un hamburger de boeuf sans boeuf, c’est donnĂ©.
Le challenge : changer les habitudes
Ce petit obstacle mis Ă part, rien ne doit distinguer le steak de laboratoire de son homologue classique. “La viande produite Ă partir des cellules souches doit ressembler exactement Ă celle que nous avons l’habitude de consommer, autrement il sera impossible de convaincre les gens de renoncer Ă ce qu’ils connaissent“, a relevĂ© le Dr Post tout en disant “espĂ©rer rĂ©ussir cela d’ici l’automne“. La viande produite en laboratoire pourra mĂȘme ĂȘtre contrĂŽlĂ©e pour prĂ©senter certaines qualitĂ©s comme par exemple contenir des niveaux Ă©levĂ©s d’acides gras polyinsaturĂ©s (omega 3) bons pour la santĂ©.
Pour mettre au point son premier hamburger, le Dr Mark Post a eu recours Ă des cellules des muscles du squelette de bovins cultivĂ©s dans du sĂ©rum foetal de veau. Ainsi qu’Ă une technologie “dĂ©veloppĂ©e dans le champ mĂ©dical depuis plus de vingt ans et qui arrive Ă maturitĂ©“. RĂ©sultat : “les tissus produits ont exactement la mĂȘme structure que les originaux“. La technologie Ă©tant bien maĂźtrisĂ©e, le Dr Post espĂšre dĂ©sormais “ouvrir la voie au dĂ©but du dĂ©veloppement de ce produit et Ă tous les processus pour en rendre la production plus efficace, ce qui est essentiel“. Notamment pour faire baisser les coĂ»ts de fabrication, de maniĂšre Ă voir cette viande “synthĂ©tique” produite Ă grande Ă©chelle dans les dix Ă vingt prochaines annĂ©es.
Le projet ne manque en tout cas pas de subsides : selon le Dr Mark Post, il a Ă©tĂ© financĂ© par un riche donateur, qui souhaite rester anonyme, dans le but de “voir diminuer le nombre d’animaux de ferme abattus pour leur viande et rĂ©duire ainsi les Ă©missions de gaz Ă effet de serre rĂ©sultant de l’Ă©levage“. A l’appui de ses travaux, le chercheur avance quelques chiffres Ă©vocateurs sur les dĂ©fis auxquels doit faire face l’agriculture mondiale : “la production de viande devrait doubler d’ici 2050 pour rĂ©pondre Ă la demande et mobilise dĂ©jĂ 70% de nos terres agricoles“, a-t-il estimĂ©. Outre cet obstacle de taille, l’Ă©levage contribue notablement au rĂ©chauffement climatique avec les Ă©missions de mĂ©thane, un gaz Ă effet de serre vingt fois plus puissant que le dioxyde de carbone.

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